Des histoires qui parlent

Le Journal Étudiant

Le Journal Étudiant Camille est en secondaire 3. C’est une belle fille sportive et brillante. Elle participe au journal étudiant et est entourée d’amis. Sa vie bascule quand une mauvaise langue lance une fausse rumeur sur elle à l’école. #rumeurs / #homosexualite / #réputation / #trahison / #filles / #rejet / #jugement / #homophobie

+ Camille Beaupré
+10 Camille Beaupré
Sa biographie Camille Beaupré - Biographie

Camille Beaupré, 14 ans, est en secondaire 3. C’est une première de classe; elle s’emmerde un peu dans les cours, parce qu’elle comprend la matière du premier coup; or, le prof est obligé de la répéter 2 000 fois (selon le décompte de Camille qui, comme toute jeune ado, a une légère tendance à l’exagération) pour s’assurer que tout le monde a compris. Quand elle s’en est plainte à son père, celui-ci lui a dit : « Utilise ton imagination et ton intelligence ailleurs. Libre à ton de choisir comment. »

Camille a donc commencé à écrire dans le journal étudiant dès le secondaire 2, entraînant dans son sillage sa meilleure amie, Mélanie Lafontaine, qu’elle connaît depuis au moins 10 ans, puisqu’elles habitent sur la même rue. Elles étaient inséparables, du moins jusqu’à ce que Margot ne surgisse dans le décor.

Comme le père de Camille est adepte du dicton « Un esprit sain dans un corps sain », il veut que sa fille fasse du sport. Il l’a inscrite à un club de boxe dès l’âge de 12 ans. Camille adore ce sport.

Camille est donc une jeune fille équilibrée, naturelle et sûre d’elle. Quand Margot est arrivée au début du secondaire 3, elle a spontanément pris la nouvelle sous son aile. Le fait que Margot soit d’origine française lui plaisait particulièrement, car Camille est aussi une jeune fille curieuse qui rêve d’aller en Europe.

Camille Beaupré, 14 ans, est en secondaire 3. C’est une première de classe; elle s’emmerde un peu dans les cours, parce qu’elle comprend la matière du premier coup; or, le prof est obligé de la répéter 2 000 fois (selon le décompte de Camille qui, comme toute jeune ado, a une légère tendance à l’exagération) pour s’assurer que tout le monde a compris. Quand elle s’en est plainte à son père, celui-ci lui a dit : « Utilise ton imagination et ton intelligence ailleurs. Libre à ton de choisir comment. »

Camille a donc commencé à écrire dans le journal étudiant dès le secondaire 2, entraînant dans son sillage sa meilleure amie, Mélanie Lafontaine, qu’elle connaît depuis au moins 10 ans, puisqu’elles habitent sur la même rue. Elles étaient inséparables, du moins jusqu’à ce que Margot ne surgisse dans le décor.

Comme le père de Camille est adepte du dicton « Un esprit sain dans un corps sain », il veut que sa fille fasse du sport. Il l’a inscrite à un club de boxe dès l’âge de 12 ans. Camille adore ce sport.

Camille est donc une jeune fille équilibrée, naturelle et sûre d’elle. Quand Margot est arrivée au début du secondaire 3, elle a spontanément pris la nouvelle sous son aile. Le fait que Margot soit d’origine française lui plaisait particulièrement, car Camille est aussi une jeune fille curieuse qui rêve d’aller en Europe.

10 ans plus tard Camille Beaupré 10 ans plus tard

Camille, à 24 ans, est devenue ostéopathe. Elle est aussi coach dans un club de boxe. Elle a maintenant les cheveux longs. Elle n’est toujours pas lesbienne.

« En secondaire 3, j’ai failli tout lâcher : la boxe, l’école, ma famille… la vie. Il a fallu que je fasse une fugue pour que mon père comprenne enfin qu’il fallait me changer d’école. Après, tout est redevenu comme avant. J’ai continué de faire de la boxe, j’ai commencé à écrire dans le journal étudiant de ma nouvelle école, je me suis fait des amis. J’ai retrouvé le sourire.

Mais ce n’était pas tout à fait comme avant. À toute une série de compromis et de petites dérobades, on voyait que ce que m’avait fait vivre Margot avait laissé des traces. Par exemple, je me suis laissé pousser les cheveux. Je n’ai dit à personne que je faisais de la boxe à ma nouvelle école. Je me suis fait un chum dès mon arrivée; je ne le trouvais pas vraiment beau et il était un peu nono, mais je m’en fichais, je l’ai gardé pareil. J’ai appelé ça mon « conformisme de protection ».

C’était en réalité des lâchetés diverses. Oui, l’intimidation a ce pouvoir immense de rendre n’importe qui lâche. C’est un monstre qui en engendre d’autres. Margot est l’un de ces monstres nés du monstre. Et j’en suis un autre. À ma nouvelle école, il y avait une fille qui, elle, était vraiment lesbienne et ne s’en cachait pas. Et moi… j’ai rien trouvé de mieux à faire que de rire d’elle avec les autres. »

Camille, à 24 ans, est devenue ostéopathe. Elle est aussi coach dans un club de boxe. Elle a maintenant les cheveux longs. Elle n’est toujours pas lesbienne.

« En secondaire 3, j’ai failli tout lâcher : la boxe, l’école, ma famille… la vie. Il a fallu que je fasse une fugue pour que mon père comprenne enfin qu’il fallait me changer d’école. Après, tout est redevenu comme avant. J’ai continué de faire de la boxe, j’ai commencé à écrire dans le journal étudiant de ma nouvelle école, je me suis fait des amis. J’ai retrouvé le sourire.

Mais ce n’était pas tout à fait comme avant. À toute une série de compromis et de petites dérobades, on voyait que ce que m’avait fait vivre Margot avait laissé des traces. Par exemple, je me suis laissé pousser les cheveux. Je n’ai dit à personne que je faisais de la boxe à ma nouvelle école. Je me suis fait un chum dès mon arrivée; je ne le trouvais pas vraiment beau et il était un peu nono, mais je m’en fichais, je l’ai gardé pareil. J’ai appelé ça mon « conformisme de protection ».

C’était en réalité des lâchetés diverses. Oui, l’intimidation a ce pouvoir immense de rendre n’importe qui lâche. C’est un monstre qui en engendre d’autres. Margot est l’un de ces monstres nés du monstre. Et j’en suis un autre. À ma nouvelle école, il y avait une fille qui, elle, était vraiment lesbienne et ne s’en cachait pas. Et moi… j’ai rien trouvé de mieux à faire que de rire d’elle avec les autres. »

+ Margot Laurent
+10 Margot Laurent
Sa biographie Margot Laurent - Biographie

Margot Laurent, 14 ans, est une mignonne petite rouquine, très « fifille », toujours soigneusement coiffée et maquillée, dont les parents ont décidé de quitter la France pour s’établir au Québec.

La plus heureuse de ce changement de décor était sûrement Margot, qui traîne depuis le début du primaire sa chevelure flamboyante comme une malédiction. À l’école, elle a toujours fait l’objet de moqueries à cause d’elle. Elle a donc développé une carapace, et le réflexe d’être constamment sur le qui-vive, prête à parer et à retourner les attaques. Elle n’est donc pas très bien dans sa peau, ce qui la rend un peu mesquine et surtout, hypocrite.

Quand elle arrive au Québec, elle est bien décidée à rompre le cercle infernal de la rousse persécutée. Elle compte bien prendre tous les moyens pour faire sa place dès le départ, se trouver des amis, des alliés, pour ne pas se retrouver isolée et constituer une cible facile pour les moqueries.

Margot Laurent, 14 ans, est une mignonne petite rouquine, très « fifille », toujours soigneusement coiffée et maquillée, dont les parents ont décidé de quitter la France pour s’établir au Québec.

La plus heureuse de ce changement de décor était sûrement Margot, qui traîne depuis le début du primaire sa chevelure flamboyante comme une malédiction. À l’école, elle a toujours fait l’objet de moqueries à cause d’elle. Elle a donc développé une carapace, et le réflexe d’être constamment sur le qui-vive, prête à parer et à retourner les attaques. Elle n’est donc pas très bien dans sa peau, ce qui la rend un peu mesquine et surtout, hypocrite.

Quand elle arrive au Québec, elle est bien décidée à rompre le cercle infernal de la rousse persécutée. Elle compte bien prendre tous les moyens pour faire sa place dès le départ, se trouver des amis, des alliés, pour ne pas se retrouver isolée et constituer une cible facile pour les moqueries.

10 ans plus tard Margot Laurent 10 ans plus tard

Margot, à 24 ans, est devenue avocate. Le travail occupe tout son univers.

« L’année de mes 14 ans est l’année de mon coup d’État. Je me suis emparée du pouvoir. Le pouvoir des mots et des apparences. En quittant la France, je m’étais promis que je ne serais plus une victime. Le contraire de la victime, c’est quoi? Le bourreau? Je trouve le mot un peu fort, mais s’il fallait devenir le bourreau pour échapper au rôle de victime, so be it.

Je n’ai jamais su pourquoi Camille m’a pris sous son aile à mon arrivée. Je ne sais pas non plus si elle était vraiment lesbienne. Je m’en fiche un peu. Mais en tout cas, elle en avait l’air. C’est là dessus que tout s’est joué. Avec toutes les moqueries que j’avais subies à cause de mes cheveux roux, j’étais bien placée pour savoir comment fonctionnaient la rumeur et l’intimidation.

Je ne lui en voulais pas personnellement, à Camille. C’est juste qu’il fallait que je prenne ma place. Et puis, elle n’avait qu’à se défendre, ç’aurait été facile, surtout si ce n’était pas vrai, qu’elle était lesbienne! Au lieu de ça, elle a fini par changer d’école. Je ne sais pas ce trop ce qu’elle est devenue. En tout cas, elle n’en est pas morte, puisque je l’ai trouvée sur Facebook. Elle a refusé ma demande d’amitié, alors c’est dommage, je n’en sais pas plus. À part qu’elle a les cheveux longs maintenant. Au moins, grâce à moi, elle aura appris à bien s’arranger! »

Margot, à 24 ans, est devenue avocate. Le travail occupe tout son univers.

« L’année de mes 14 ans est l’année de mon coup d’État. Je me suis emparée du pouvoir. Le pouvoir des mots et des apparences. En quittant la France, je m’étais promis que je ne serais plus une victime. Le contraire de la victime, c’est quoi? Le bourreau? Je trouve le mot un peu fort, mais s’il fallait devenir le bourreau pour échapper au rôle de victime, so be it.

Je n’ai jamais su pourquoi Camille m’a pris sous son aile à mon arrivée. Je ne sais pas non plus si elle était vraiment lesbienne. Je m’en fiche un peu. Mais en tout cas, elle en avait l’air. C’est là dessus que tout s’est joué. Avec toutes les moqueries que j’avais subies à cause de mes cheveux roux, j’étais bien placée pour savoir comment fonctionnaient la rumeur et l’intimidation.

Je ne lui en voulais pas personnellement, à Camille. C’est juste qu’il fallait que je prenne ma place. Et puis, elle n’avait qu’à se défendre, ç’aurait été facile, surtout si ce n’était pas vrai, qu’elle était lesbienne! Au lieu de ça, elle a fini par changer d’école. Je ne sais pas ce trop ce qu’elle est devenue. En tout cas, elle n’en est pas morte, puisque je l’ai trouvée sur Facebook. Elle a refusé ma demande d’amitié, alors c’est dommage, je n’en sais pas plus. À part qu’elle a les cheveux longs maintenant. Au moins, grâce à moi, elle aura appris à bien s’arranger! »

+ Mélanie Lafontaine
+10 Mélanie Lafontaine
Sa biographie Mélanie Lafontaine - Biographie

Mélanie Lafontaine, 14 ans, est une jeune fille sans histoire et sans éclat. Elle est moyenne en tout, ne ressort en rien, ne fait jamais de vagues. En gros, Mélanie a la personnalité d’un gentil mollusque. Pas menaçante, puisqu’elle ne contredit jamais personne. Pas énervante, parce qu’elle est toujours de bonne humeur, mais pas un genre de bonne humeur explosive et épuisante, non, juste une bonne humeur discrète de mollusque. Elle dit toujours oui – sauf si tous les autres disent non (alors elle dit non). Elle manifeste juste assez d’enthousiasme en tout pour éviter de passer complètement inaperçue. Elle a une grande capacité d’écoute, mais elle a rarement des choses à dire (elle se contente de répéter ce qu’elle a entendu : comme tout bon mollusque, elle filtre et recycle l’info).

En tant que mollusque, il lui faut bien sûr un rocher sur lequel s’accrocher. Ce rocher, c’est Camille, sa grande amie depuis 10 ans. Mélanie aime beaucoup Camille, et surtout, le fait que Camille pense, agit, découvre, fonce et sait, ce qui épargne du coup à Mélanie l’effort d’avoir à faire tout ça par elle-même. Il lui suffit de suivre Camille. Mélanie n’est vraiment pas une fille méchante ou mal intentionnée. Mais elle est très influençable.

Mélanie Lafontaine, 14 ans, est une jeune fille sans histoire et sans éclat. Elle est moyenne en tout, ne ressort en rien, ne fait jamais de vagues. En gros, Mélanie a la personnalité d’un gentil mollusque. Pas menaçante, puisqu’elle ne contredit jamais personne. Pas énervante, parce qu’elle est toujours de bonne humeur, mais pas un genre de bonne humeur explosive et épuisante, non, juste une bonne humeur discrète de mollusque. Elle dit toujours oui – sauf si tous les autres disent non (alors elle dit non). Elle manifeste juste assez d’enthousiasme en tout pour éviter de passer complètement inaperçue. Elle a une grande capacité d’écoute, mais elle a rarement des choses à dire (elle se contente de répéter ce qu’elle a entendu : comme tout bon mollusque, elle filtre et recycle l’info).

En tant que mollusque, il lui faut bien sûr un rocher sur lequel s’accrocher. Ce rocher, c’est Camille, sa grande amie depuis 10 ans. Mélanie aime beaucoup Camille, et surtout, le fait que Camille pense, agit, découvre, fonce et sait, ce qui épargne du coup à Mélanie l’effort d’avoir à faire tout ça par elle-même. Il lui suffit de suivre Camille. Mélanie n’est vraiment pas une fille méchante ou mal intentionnée. Mais elle est très influençable.

10 ans plus tard Mélanie Lafontaine 10 ans plus tard

Mélanie, à 24 ans, ne sait pas trop ce qu’elle veut faire dans la vie et, en attendant, elle travaille comme caissière dans un supermarché.

« Je n’oublierai jamais mon secondaire 3. C’est l’année où Camille et moi, on s’est perdues de vue pour toujours. Je m’en voudrai le reste de mes jours. Quand j’ai vu que le mot courait dans l’école que Camille était lesbienne, j’ai commencé petit à petit à l’éviter. J’avais trop peur que les gens ne m’aiment plus, qu’ils me rejettent et rient de moi aussi. Au lieu de prendre la défense de Camille, je l’ai trahie pour devenir amie avec Margot.

Si ç’avait été l’inverse, si ç’avait été moi, la victime de Margot, Camille n’aurait jamais laissé faire ça. Elle ne m’aurait jamais lâchée. Je le sais parce que Camille me l’a dit, la dernière fois qu’elle m’a parlé. Après, elle a changé d’école et n’a plus jamais voulu m’adresser la parole; on habitait sur la même rue, mais quand on se croisait, elle m’ignorait.

Aujourd’hui, j’ai un peu plus de courage qu’à l’époque. Pas beaucoup, mais un peu. J’ai au moins celui de dire tout haut ce que je me murmurais tout bas, juste à moi, à l’époque : que la lesbienne dans l’histoire, c’est moi. »

Mélanie, à 24 ans, ne sait pas trop ce qu’elle veut faire dans la vie et, en attendant, elle travaille comme caissière dans un supermarché.

« Je n’oublierai jamais mon secondaire 3. C’est l’année où Camille et moi, on s’est perdues de vue pour toujours. Je m’en voudrai le reste de mes jours. Quand j’ai vu que le mot courait dans l’école que Camille était lesbienne, j’ai commencé petit à petit à l’éviter. J’avais trop peur que les gens ne m’aiment plus, qu’ils me rejettent et rient de moi aussi. Au lieu de prendre la défense de Camille, je l’ai trahie pour devenir amie avec Margot.

Si ç’avait été l’inverse, si ç’avait été moi, la victime de Margot, Camille n’aurait jamais laissé faire ça. Elle ne m’aurait jamais lâchée. Je le sais parce que Camille me l’a dit, la dernière fois qu’elle m’a parlé. Après, elle a changé d’école et n’a plus jamais voulu m’adresser la parole; on habitait sur la même rue, mais quand on se croisait, elle m’ignorait.

Aujourd’hui, j’ai un peu plus de courage qu’à l’époque. Pas beaucoup, mais un peu. J’ai au moins celui de dire tout haut ce que je me murmurais tout bas, juste à moi, à l’époque : que la lesbienne dans l’histoire, c’est moi. »

+ Victor Gauthier
+10 Victor Gauthier
Sa biographie Victor Gauthier - Biographie

Victor Gauthier, 14 ans, est assez bon à l’école; il se distingue surtout par son imagination débordante et son esprit vif. Tout le monde s’entend pour dire que c’est un vrai clown. Il n’est jamais à court de blagues, d’anecdotes ou de niaiseries d’ado à raconter.

C’est un bon vivant. Ce serait difficile de trouver quelqu’un qui s’en fait moins dans la vie que Victor. Sa devise est : « Fais-toi-en donc pas avec ça. » On le croirait imperméable au malheur. Plutôt que de se laisser déranger par quelque chose, il préfère l’ignorer. Il pleut? Pas grave, il fera soleil plus tard. Il n’a pas encore embrassé de fille à son âge? Pas grave, il a toute la vie devant lui. Il a renversé un verre de jus sur le clavier de l’ordi du journal? Pas grave, ça va sécher.

Bref, un éternel optimiste, que certains peuvent trouver un peu nonchalant parce qu’il ne voit jamais de problème nulle part et qu’il préfère laisser les événements suivre leur cours plutôt que d’intervenir.

Victor Gauthier, 14 ans, est assez bon à l’école; il se distingue surtout par son imagination débordante et son esprit vif. Tout le monde s’entend pour dire que c’est un vrai clown. Il n’est jamais à court de blagues, d’anecdotes ou de niaiseries d’ado à raconter.

C’est un bon vivant. Ce serait difficile de trouver quelqu’un qui s’en fait moins dans la vie que Victor. Sa devise est : « Fais-toi-en donc pas avec ça. » On le croirait imperméable au malheur. Plutôt que de se laisser déranger par quelque chose, il préfère l’ignorer. Il pleut? Pas grave, il fera soleil plus tard. Il n’a pas encore embrassé de fille à son âge? Pas grave, il a toute la vie devant lui. Il a renversé un verre de jus sur le clavier de l’ordi du journal? Pas grave, ça va sécher.

Bref, un éternel optimiste, que certains peuvent trouver un peu nonchalant parce qu’il ne voit jamais de problème nulle part et qu’il préfère laisser les événements suivre leur cours plutôt que d’intervenir.

10 ans plus tard Victor Gauthier 10 ans plus tard

À 24 ans, Victor est devenu humoriste.

« J’ai pas changé beaucoup depuis mon secondaire 3. Par exemple, je dis encore un paquet de niaiseries pour faire rire le monde, pis je trippe encore sur les filles brillantes pis sportives. Comme Camille.

Camille… C’est le 5 avril exactement de cette année-là qu’elle a quitté mon école. Elle n’avait pas le choix. L’école au complet la traitait de lesbienne, elle avait perdu tous ses amis, même moi. Je sais pas si c’était vrai, qu’elle était lesbienne, mais une chose est sûre : moi, je suis resté les bras croisés, j’ai laissé ça aller sans rien dire. Même si c’était mon amie. Même si je trippais sur elle mais que j’avais juste pas l’audace de lui dire.

Je me souviens que c’était le 5 avril parce que ce jour-là, je suis rentré chez moi avec un mal de ventre, pis après je suis resté au lit pendant 6 jours. J’ai jamais été aussi malade de ma vie. Diagnostic officiel : gastro récalcitrante. Mais moi, je le sais ce que je vomissais dans le fond : c’était moi même et ma petitesse. »

À 24 ans, Victor est devenu humoriste.

« J’ai pas changé beaucoup depuis mon secondaire 3. Par exemple, je dis encore un paquet de niaiseries pour faire rire le monde, pis je trippe encore sur les filles brillantes pis sportives. Comme Camille.

Camille… C’est le 5 avril exactement de cette année-là qu’elle a quitté mon école. Elle n’avait pas le choix. L’école au complet la traitait de lesbienne, elle avait perdu tous ses amis, même moi. Je sais pas si c’était vrai, qu’elle était lesbienne, mais une chose est sûre : moi, je suis resté les bras croisés, j’ai laissé ça aller sans rien dire. Même si c’était mon amie. Même si je trippais sur elle mais que j’avais juste pas l’audace de lui dire.

Je me souviens que c’était le 5 avril parce que ce jour-là, je suis rentré chez moi avec un mal de ventre, pis après je suis resté au lit pendant 6 jours. J’ai jamais été aussi malade de ma vie. Diagnostic officiel : gastro récalcitrante. Mais moi, je le sais ce que je vomissais dans le fond : c’était moi même et ma petitesse. »

Personnages
Camille Beaupré
Camille Beaupré Sa biographie
10 ans plus tard
Camille Beaupré - Biographie

Camille Beaupré, 14 ans, est en secondaire 3. C’est une première de classe; elle s’emmerde un peu dans les cours, parce qu’elle comprend la matière du premier coup; or, le prof est obligé de la répéter 2 000 fois (selon le décompte de Camille qui, comme toute jeune ado, a une légère tendance à l’exagération) pour s’assurer que tout le monde a compris. Quand elle s’en est plainte à son père, celui-ci lui a dit : « Utilise ton imagination et ton intelligence ailleurs. Libre à ton de choisir comment. »

Camille a donc commencé à écrire dans le journal étudiant dès le secondaire 2, entraînant dans son sillage sa meilleure amie, Mélanie Lafontaine, qu’elle connaît depuis au moins 10 ans, puisqu’elles habitent sur la même rue. Elles étaient inséparables, du moins jusqu’à ce que Margot ne surgisse dans le décor.

Comme le père de Camille est adepte du dicton « Un esprit sain dans un corps sain », il veut que sa fille fasse du sport. Il l’a inscrite à un club de boxe dès l’âge de 12 ans. Camille adore ce sport.

Camille est donc une jeune fille équilibrée, naturelle et sûre d’elle. Quand Margot est arrivée au début du secondaire 3, elle a spontanément pris la nouvelle sous son aile. Le fait que Margot soit d’origine française lui plaisait particulièrement, car Camille est aussi une jeune fille curieuse qui rêve d’aller en Europe.

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Camille Beaupré 10 ans plus tard

Camille, à 24 ans, est devenue ostéopathe. Elle est aussi coach dans un club de boxe. Elle a maintenant les cheveux longs. Elle n’est toujours pas lesbienne.

« En secondaire 3, j’ai failli tout lâcher : la boxe, l’école, ma famille… la vie. Il a fallu que je fasse une fugue pour que mon père comprenne enfin qu’il fallait me changer d’école. Après, tout est redevenu comme avant. J’ai continué de faire de la boxe, j’ai commencé à écrire dans le journal étudiant de ma nouvelle école, je me suis fait des amis. J’ai retrouvé le sourire.

Mais ce n’était pas tout à fait comme avant. À toute une série de compromis et de petites dérobades, on voyait que ce que m’avait fait vivre Margot avait laissé des traces. Par exemple, je me suis laissé pousser les cheveux. Je n’ai dit à personne que je faisais de la boxe à ma nouvelle école. Je me suis fait un chum dès mon arrivée; je ne le trouvais pas vraiment beau et il était un peu nono, mais je m’en fichais, je l’ai gardé pareil. J’ai appelé ça mon « conformisme de protection ».

C’était en réalité des lâchetés diverses. Oui, l’intimidation a ce pouvoir immense de rendre n’importe qui lâche. C’est un monstre qui en engendre d’autres. Margot est l’un de ces monstres nés du monstre. Et j’en suis un autre. À ma nouvelle école, il y avait une fille qui, elle, était vraiment lesbienne et ne s’en cachait pas. Et moi… j’ai rien trouvé de mieux à faire que de rire d’elle avec les autres. »

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Margot Laurent
Margot Laurent Sa biographie
10 ans plus tard
Margot Laurent - Biographie

Margot Laurent, 14 ans, est une mignonne petite rouquine, très « fifille », toujours soigneusement coiffée et maquillée, dont les parents ont décidé de quitter la France pour s’établir au Québec.

La plus heureuse de ce changement de décor était sûrement Margot, qui traîne depuis le début du primaire sa chevelure flamboyante comme une malédiction. À l’école, elle a toujours fait l’objet de moqueries à cause d’elle. Elle a donc développé une carapace, et le réflexe d’être constamment sur le qui-vive, prête à parer et à retourner les attaques. Elle n’est donc pas très bien dans sa peau, ce qui la rend un peu mesquine et surtout, hypocrite.

Quand elle arrive au Québec, elle est bien décidée à rompre le cercle infernal de la rousse persécutée. Elle compte bien prendre tous les moyens pour faire sa place dès le départ, se trouver des amis, des alliés, pour ne pas se retrouver isolée et constituer une cible facile pour les moqueries.

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Margot Laurent 10 ans plus tard

Margot, à 24 ans, est devenue avocate. Le travail occupe tout son univers.

« L’année de mes 14 ans est l’année de mon coup d’État. Je me suis emparée du pouvoir. Le pouvoir des mots et des apparences. En quittant la France, je m’étais promis que je ne serais plus une victime. Le contraire de la victime, c’est quoi? Le bourreau? Je trouve le mot un peu fort, mais s’il fallait devenir le bourreau pour échapper au rôle de victime, so be it.

Je n’ai jamais su pourquoi Camille m’a pris sous son aile à mon arrivée. Je ne sais pas non plus si elle était vraiment lesbienne. Je m’en fiche un peu. Mais en tout cas, elle en avait l’air. C’est là dessus que tout s’est joué. Avec toutes les moqueries que j’avais subies à cause de mes cheveux roux, j’étais bien placée pour savoir comment fonctionnaient la rumeur et l’intimidation.

Je ne lui en voulais pas personnellement, à Camille. C’est juste qu’il fallait que je prenne ma place. Et puis, elle n’avait qu’à se défendre, ç’aurait été facile, surtout si ce n’était pas vrai, qu’elle était lesbienne! Au lieu de ça, elle a fini par changer d’école. Je ne sais pas ce trop ce qu’elle est devenue. En tout cas, elle n’en est pas morte, puisque je l’ai trouvée sur Facebook. Elle a refusé ma demande d’amitié, alors c’est dommage, je n’en sais pas plus. À part qu’elle a les cheveux longs maintenant. Au moins, grâce à moi, elle aura appris à bien s’arranger! »

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Mélanie Lafontaine
Mélanie Lafontaine Sa biographie
10 ans plus tard
Mélanie Lafontaine - Biographie

Mélanie Lafontaine, 14 ans, est une jeune fille sans histoire et sans éclat. Elle est moyenne en tout, ne ressort en rien, ne fait jamais de vagues. En gros, Mélanie a la personnalité d’un gentil mollusque. Pas menaçante, puisqu’elle ne contredit jamais personne. Pas énervante, parce qu’elle est toujours de bonne humeur, mais pas un genre de bonne humeur explosive et épuisante, non, juste une bonne humeur discrète de mollusque. Elle dit toujours oui – sauf si tous les autres disent non (alors elle dit non). Elle manifeste juste assez d’enthousiasme en tout pour éviter de passer complètement inaperçue. Elle a une grande capacité d’écoute, mais elle a rarement des choses à dire (elle se contente de répéter ce qu’elle a entendu : comme tout bon mollusque, elle filtre et recycle l’info).

En tant que mollusque, il lui faut bien sûr un rocher sur lequel s’accrocher. Ce rocher, c’est Camille, sa grande amie depuis 10 ans. Mélanie aime beaucoup Camille, et surtout, le fait que Camille pense, agit, découvre, fonce et sait, ce qui épargne du coup à Mélanie l’effort d’avoir à faire tout ça par elle-même. Il lui suffit de suivre Camille. Mélanie n’est vraiment pas une fille méchante ou mal intentionnée. Mais elle est très influençable.

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Mélanie Lafontaine 10 ans plus tard

Mélanie, à 24 ans, ne sait pas trop ce qu’elle veut faire dans la vie et, en attendant, elle travaille comme caissière dans un supermarché.

« Je n’oublierai jamais mon secondaire 3. C’est l’année où Camille et moi, on s’est perdues de vue pour toujours. Je m’en voudrai le reste de mes jours. Quand j’ai vu que le mot courait dans l’école que Camille était lesbienne, j’ai commencé petit à petit à l’éviter. J’avais trop peur que les gens ne m’aiment plus, qu’ils me rejettent et rient de moi aussi. Au lieu de prendre la défense de Camille, je l’ai trahie pour devenir amie avec Margot.

Si ç’avait été l’inverse, si ç’avait été moi, la victime de Margot, Camille n’aurait jamais laissé faire ça. Elle ne m’aurait jamais lâchée. Je le sais parce que Camille me l’a dit, la dernière fois qu’elle m’a parlé. Après, elle a changé d’école et n’a plus jamais voulu m’adresser la parole; on habitait sur la même rue, mais quand on se croisait, elle m’ignorait.

Aujourd’hui, j’ai un peu plus de courage qu’à l’époque. Pas beaucoup, mais un peu. J’ai au moins celui de dire tout haut ce que je me murmurais tout bas, juste à moi, à l’époque : que la lesbienne dans l’histoire, c’est moi. »

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Victor Gauthier
Victor Gauthier Sa biographie
10 ans plus tard
Victor Gauthier - Biographie

Victor Gauthier, 14 ans, est assez bon à l’école; il se distingue surtout par son imagination débordante et son esprit vif. Tout le monde s’entend pour dire que c’est un vrai clown. Il n’est jamais à court de blagues, d’anecdotes ou de niaiseries d’ado à raconter.

C’est un bon vivant. Ce serait difficile de trouver quelqu’un qui s’en fait moins dans la vie que Victor. Sa devise est : « Fais-toi-en donc pas avec ça. » On le croirait imperméable au malheur. Plutôt que de se laisser déranger par quelque chose, il préfère l’ignorer. Il pleut? Pas grave, il fera soleil plus tard. Il n’a pas encore embrassé de fille à son âge? Pas grave, il a toute la vie devant lui. Il a renversé un verre de jus sur le clavier de l’ordi du journal? Pas grave, ça va sécher.

Bref, un éternel optimiste, que certains peuvent trouver un peu nonchalant parce qu’il ne voit jamais de problème nulle part et qu’il préfère laisser les événements suivre leur cours plutôt que d’intervenir.

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Victor Gauthier 10 ans plus tard

À 24 ans, Victor est devenu humoriste.

« J’ai pas changé beaucoup depuis mon secondaire 3. Par exemple, je dis encore un paquet de niaiseries pour faire rire le monde, pis je trippe encore sur les filles brillantes pis sportives. Comme Camille.

Camille… C’est le 5 avril exactement de cette année-là qu’elle a quitté mon école. Elle n’avait pas le choix. L’école au complet la traitait de lesbienne, elle avait perdu tous ses amis, même moi. Je sais pas si c’était vrai, qu’elle était lesbienne, mais une chose est sûre : moi, je suis resté les bras croisés, j’ai laissé ça aller sans rien dire. Même si c’était mon amie. Même si je trippais sur elle mais que j’avais juste pas l’audace de lui dire.

Je me souviens que c’était le 5 avril parce que ce jour-là, je suis rentré chez moi avec un mal de ventre, pis après je suis resté au lit pendant 6 jours. J’ai jamais été aussi malade de ma vie. Diagnostic officiel : gastro récalcitrante. Mais moi, je le sais ce que je vomissais dans le fond : c’était moi même et ma petitesse. »

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L'avis des spécialistes
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